Sud et lacs du Rift
De Ziway à Arba Minch, une vallée de lacs peuplés de flamants et de pélicans, prolongée par les plateaux à 4 000 mètres du Balé où vit le loup d'Abyssinie.
Au sud d'Addis-Abeba, la route bitumée descend progressivement vers la vallée du Grand Rift, cette fracture continentale qui traverse l'Éthiopie du nord-est au sud-ouest. En quelques heures de route, nous passons des hauts plateaux à 2 400 mètres aux rives du lac Ziway, à 1 640 mètres, où les pêcheurs Laki sortent leurs tankwas, petites embarcations en papyrus, au lever du jour. Le climat change avec l'altitude : les nuits fraîches d'Addis laissent place à un air sec et tiède, autour de 25 à 28 degrés en journée toute l'année.
La vallée déroule une série de lacs aux caractères très différents. Ziway est peuplé de pélicans blancs et de marabouts, ses îles abritent encore quelques monastères médiévaux où des manuscrits éthiopiens auraient été cachés au XIVe siècle. Langano, plus au sud, est le seul lac de la région où la baignade est possible, ses eaux brunes étant exemptes de bilharziose. Juste à côté, Abijatta et Shala forment un parc national : le premier, peu profond et alcalin, attire des nuées de flamants nains qui filtrent la spiruline ; le second, lac de cratère atteignant 266 mètres de profondeur, est bordé de sources chaudes sulfureuses près du village d'Adami Tulu. Plus au sud encore, Awasa, capitale régionale animée, vit autour de son marché aux poissons matinal où les tilapias et les capitaines du Nil sont débités à même les pontons.
La région n'est pas qu'une succession d'étendues d'eau. À l'est, le massif du Balé s'élève abruptement jusqu'à 4 377 mètres au mont Tullu Dimtu. Le plateau de Sanetti, à plus de 4 000 mètres, est l'un des plus vastes ensembles afro-alpins du continent. C'est là que nous emmenons les voyageurs observer le loup d'Abyssinie, le canidé le plus menacé au monde, dont il reste environ 500 individus dont près de la moitié vivent ici. Le parc abrite aussi le nyala des montagnes, antilope endémique, et la forêt d'Harenna sur le versant sud, l'une des dernières forêts de bruyères arborescentes et de podocarpus de l'Éthiopie. Les Oromo Arsi qui peuplent ces hauteurs cultivent l'orge à plus de 3 000 mètres et élèvent des chevaux qu'ils utilisent pour traverser les plateaux.
Plus bas, autour de Yirgalem et de Dilla, nous entrons dans le pays Sidama et Gedeo, terres de café. C'est ici, sur les versants ombragés à 1 800 mètres, que poussent les arabica Yirgacheffe et Sidamo, parmi les cafés les plus recherchés au monde. Les fermes familiales pratiquent encore la cueillette manuelle, le séchage sur claies surélevées, et nous organisons des visites chez des coopératives à Wenago ou Bule. Le café se boit lors de cérémonies de buna en trois services, accompagné de pop-corn ou de kolo, des céréales grillées.
Au bout de la route, à 500 kilomètres d'Addis, Arba Minch (« quarante sources » en amharique) marque la transition vers le sud profond. Les lacs Abaya, aux eaux rougies par les sédiments ferrugineux, et Chamo, peuplé de crocodiles parmi les plus grands d'Afrique, sont séparés par une fine bande de terre boisée, le Pont de Dieu. Le parc du Nechisar, sur sa rive est, abrite zèbres de Burchell, gazelles de Grant et phacochères dans des prairies dorées qui descendent vers les rives. Arba Minch sert aussi de porte d'entrée vers la vallée de l'Omo et les villages konso, dont les terrasses agricoles en pierres sèches sont inscrites à l'UNESCO depuis 2011.
À découvrir
Loup d'Abyssinie sur le plateau de Sanetti. À 4 000 mètres dans le parc du Balé, nous partons à pied au petit matin observer ce canidé roux à museau effilé chasser le rat-taupe géant. Les meilleures chances se présentent entre octobre et mars, quand le ciel reste dégagé.
Crocodiles du lac Chamo en barque. Sortie de deux heures depuis Arba Minch jusqu'au Crocodile Market, banc de sable où se rassemblent des spécimens dépassant cinq mètres. Hippopotames et pélicans complètent l'observation.
Cérémonie du café en pays Sidama. Chez une famille de caféiculteurs près de Yirgacheffe, torréfaction des grains verts sur braise, infusion dans la jebena en argile, dégustation en trois services accompagnée de kolo grillé.
Villages konso et terrasses agricoles. À une heure d'Arba Minch, les villages fortifiés de Mecheke ou Gamole, classés à l'UNESCO, sont organisés autour de places à génération où sont plantés les troncs commémoratifs des chefs défunts.
Flamants nains du lac Abijatta. Entre novembre et février, plusieurs dizaines de milliers de flamants couvrent les rives alcalines du lac. Approche à pied depuis la piste qui longe les sources chaudes.
Quand y aller
La saison sèche s'étend d'octobre à mars, c'est la période la plus favorable pour parcourir la région. Les températures oscillent entre 22 et 28 degrés autour des lacs en journée, descendent à 10 ou 12 degrés la nuit à Awasa, et peuvent chuter sous zéro sur le plateau de Sanetti dans le Balé entre décembre et février. Les pistes sont praticables, les ciels dégagés, l'observation ornithologique est à son maximum avec l'arrivée des migrateurs paléarctiques sur les lacs.
La grande saison des pluies, de fin juin à mi-septembre, complique l'accès au parc du Balé : la piste qui traverse Sanetti devient glissante, la forêt d'Harenna est noyée dans les brumes, et certaines pistes vers les villages konso deviennent impraticables. En revanche, les paysages sont d'un vert intense et les températures restent douces. Avril et mai connaissent des pluies plus courtes, en fin d'après-midi, qui n'empêchent pas le voyage mais demandent de la flexibilité sur les itinéraires.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de sept jours pour parcourir la région des lacs jusqu'à Arba Minch en intégrant le parc du Balé, sachant que les distances par la route sont conséquentes : 250 kilomètres d'Addis à Awasa, 275 kilomètres supplémentaires jusqu'à Arba Minch, et un détour est-ouest de deux jours pour atteindre Goba et le plateau de Sanetti. L'entrée se fait par la route depuis Addis-Abeba, en véhicule 4x4 avec chauffeur, qui reste le mode de transport adapté aux pistes du Balé et aux villages konso. Un vol intérieur de retour Arba Minch-Addis permet d'économiser une journée.
La combinaison la plus naturelle se fait avec la vallée de l'Omo, accessible depuis Arba Minch en deux jours de piste vers le sud, pour un circuit total de douze à quinze jours. Les voyageurs qui ont déjà fait le nord historique apprécient ce sud comme un contrepoint : moins d'églises et de monuments, davantage de nature, d'ornithologie et de rencontres avec les peuples agricoles oromo, sidama et konso. Le confort des lodges varie : bon niveau à Langano (Bishangari, Hara Langano) et à Arba Minch (Paradise Lodge), plus rustique dans le Balé où nous logeons souvent au Bale Mountain Lodge en lisière de la forêt d'Harenna. Cette région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs de faune et d'avifaune (plus de 450 espèces recensées dans le Balé), et aux marcheurs prêts à randonner en altitude.





