Harar et l'Est
Cité fortifiée du XVIe siècle, 80 mosquées, café arabica d'Harerghe et hyènes nourries à la main : l'Est éthiopien tourné vers la Corne de l'Afrique.
Harar et son arrière-pays occupent l'extrémité orientale du plateau éthiopien, entre 1 600 et 2 000 mètres d'altitude, avant que la terre ne bascule vers les basses terres somali et la frontière de Djibouti. Depuis notre agence à Addis-Abeba, nous organisons l'accès à cette région soit par un vol de 1h pour Dire Dawa, soit par la route en deux jours, avec une étape au parc national d'Awash, traversé par la rivière du même nom et peuplé d'oryx beisa, de gazelles de Soemmerring et d'autruches de Somalie. Les chutes d'Awash, où le fleuve plonge dans un canyon basaltique, marquent l'entrée dans un autre monde, plus aride, plus chaud, plus tourné vers la Corne de l'Afrique que vers les hauts plateaux chrétiens du Nord.
Harar Jugol, la vieille ville fortifiée, est inscrite à l'UNESCO depuis 2006. Dans son enceinte de pierre du XVIe siècle, longue de 3,5 km et percée de cinq portes, s'enchevêtrent 368 ruelles, plus de 80 mosquées et une centaine de sanctuaires. C'est, selon la tradition locale, la quatrième ville sainte de l'islam après La Mecque, Médine et Jérusalem. Le peuple adaré, sédentaire et urbain, y vit depuis près d'un millénaire, parlant une langue sémitique propre, le harari, et habitant des maisons aux murs chaulés rouges, verts et bleus, dont les pièces de réception, les gar, exposent sur des étagères murales la vaisselle de porcelaine et les paniers tressés offerts en dot.
La région est traversée par une économie agricole singulière : le qat, arbuste dont on mâche les feuilles pour leur effet stimulant, structure le quotidien d'Aweday, gros marché situé à 15 km de Harar, où chaque matin convergent producteurs des collines environnantes et acheteurs venus de Djibouti et de Somalie. Le café arabica, dont la région d'Harerghe est l'un des berceaux historiques, s'y cultive entre 1 500 et 2 100 mètres ; la variété Harar longberry, séchée naturellement, conserve des notes de mûre et de vin. Nous emmenons volontiers nos voyageurs dans une maison adarée pour une cérémonie du café qui dure une bonne heure, avec torréfaction des grains verts à la poêle et trois services successifs, l'abol, le tona et le baraka.
Au-delà de Harar, l'Est éthiopien reste peu fréquenté. Dire Dawa, deuxième ville du pays, fondée en 1902 le long de la ligne de chemin de fer franco-éthiopienne reliant Djibouti à Addis-Abeba, garde une architecture coloniale italienne et française dans son quartier de Kezira, et un grand marché couvert, le Kafira, où se croisent commerçants oromo, somali, harari et afar. À une heure au nord de Dire Dawa, les peintures rupestres de Laga Oda et de Porc-Épic, datées de 5 000 à 3 000 ans, montrent des troupeaux de bovins et des scènes de chasse, témoignages d'une époque où la région était plus humide.
Le soir, à la tombée de la nuit, deux hommes, l'un à la porte Erer, l'autre près du sanctuaire d'Aw Ansar, nourrissent à la bouche et à la main les hyènes tachetées qui sortent de la brousse. La pratique remonte au moins au XIXe siècle et a longtemps eu une fonction de pacte entre la ville et les charognards. Ce n'est pas un spectacle monté pour les visiteurs ; c'est une routine qui continue qu'il y ait ou non un public. Nous vous y conduisons sans mise en scène, en expliquant le contexte rituel et social qui explique pourquoi les Hararis tolèrent, et parfois entretiennent, la présence nocturne des hyènes dans leurs ruelles.
Cette région se distingue donc nettement du reste de l'Éthiopie : islam plutôt que christianisme orthodoxe, langues couchitiques et sémitiques orientales plutôt qu'amharique, économie tournée vers la mer Rouge et l'océan Indien plutôt que vers les hauts plateaux. C'est ce contraste, plus que la liste des sites, qui justifie le détour.
À découvrir
Les ruelles de Harar Jugol. Marche lente dans la cité fortifiée, entre les maisons adarées aux murs ocre et les petites mosquées de quartier, avec entrée par la Shewa Gate et passage par le marché Gidir Megala.
Cérémonie du café en maison adarée. Une heure assis sur les coussins du gar, à suivre la torréfaction des grains verts, l'encens d'oliban et les trois services, en compagnie d'une famille hararie.
L'homme aux hyènes à la porte Erer. À la nuit tombée, observation à courte distance du nourrissage des hyènes tachetées sauvages, une pratique attestée depuis le XIXe siècle.
Parc national d'Awash. Étape sur la route depuis Addis : savane d'acacias, oryx beisa, gazelles de Soemmerring et chutes basaltiques de la rivière Awash, à 225 km de la capitale.
Marché de qat d'Aweday. Tôt le matin, ballet des bottes de feuilles fraîches emballées dans des feuilles de bananier, négociées en oromo entre producteurs des collines et grossistes pour Djibouti.
Quand y aller
La meilleure période pour Harar et l'Est s'étend d'octobre à mars, avec des journées autour de 22 à 25°C à Harar (1 885 m d'altitude) et des nuits fraîches descendant à 12-14°C en décembre et janvier. Dire Dawa, à 1 200 m, est sensiblement plus chaude, souvent 28 à 32°C en journée sur la même période. Les pluies se concentrent en deux saisons : les petites pluies, ou belg, en mars-avril, et les grandes pluies en juillet-août, avec des cumuls modérés comparés au reste de l'Éthiopie, autour de 700 mm annuels à Harar. Le parc d'Awash, en revanche, peut dépasser 35°C en avril-mai et redevient agréable à partir d'octobre.
Le mois de Ramadan modifie sensiblement le rythme de la vieille ville : commerces fermés en journée, rues animées après la rupture du jeûne. Si vous tenez à voir Harar dans son fonctionnement habituel, mieux vaut éviter cette période, dont les dates avancent chaque année d'environ onze jours. La fête de Shuwalid, sept jours après l'Aïd al-Fitr, marque en revanche un moment fort, avec processions, chants et visites aux sanctuaires.
Conseils pratiques
Nous conseillons trois jours pleins sur place pour bien saisir Harar : un jour pour Jugol et ses ruelles à pied, un jour pour les marchés périphériques (Aweday, Babile, le marché aux chameaux du jeudi) et les peintures rupestres autour de Dire Dawa, un jour de rythme plus lent pour la cérémonie du café et l'épisode des hyènes le soir. Le point d'entrée le plus simple reste l'aéroport de Dire Dawa, desservi par Ethiopian Airlines en 1h depuis Addis, suivi d'une route de 55 km, soit 1h30, jusqu'à Harar. La variante par la route au départ d'Addis demande deux jours avec nuit à Awash, et a l'intérêt d'enchaîner le parc national.
Harar et l'Est se combinent naturellement avec un séjour sur le Nord historique (Lalibela, Gondar, Axoum) pour qui veut comparer les deux pôles religieux de l'Éthiopie, le chrétien orthodoxe et l'islam soufi. La combinaison avec le Danakil est possible logistiquement mais demande de repasser par Addis ou Mekele. Le confort hôtelier à Harar est correct sans plus, avec deux ou trois adresses tenant la route dans Jugol et à proximité ; les voyageurs cherchant un grand confort balnéaire ne trouveront pas leur compte. Cette région convient surtout aux voyageurs curieux des cultures urbaines musulmanes, aux amateurs de café et d'artisanat, et à ceux qui acceptent un rythme lent, fait de longues conversations et d'observation.
