Massif du Simien

Plateau basaltique entaillé de falaises de 1 500 mètres au nord de Gondar, refuge des geladas et du bouquetin walia, parcouru sur des treks de trois à dix jours jusqu'au Ras Dashen.

Le massif du Simien occupe un vaste plateau basaltique au nord-ouest de l'Éthiopie, hérité d'éruptions volcaniques vieilles de quarante millions d'années. L'érosion a découpé ce socle en falaises verticales de 1 000 à 1 500 mètres, en pinacles isolés et en amphithéosaurus rocheux qui s'ouvrent vers les basses terres du Tigré. Le parc national, créé en 1969 et classé à l'UNESCO, couvre 412 km² et culmine au Ras Dashen à 4 533 mètres, quatrième sommet d'Afrique. Notre équipe organise les départs depuis Debark, bourg-marché situé à 3 100 mètres et porte d'entrée administrative du parc, à trois heures de route de Gondar par une piste asphaltée récemment refaite.

Trois étages de végétation se succèdent selon l'altitude. Entre 2 000 et 2 700 mètres, on traverse des champs de teff et d'orge cultivés par les paysans amharas, ponctués de hameaux de tukuls en pierre sèche. De 2 700 à 3 700 mètres, la forêt afromontagnarde mêle genévriers, hagenias et oliviers sauvages. Au-dessus, l'étage afroalpin déploie ses lobélies géantes de cinq mètres de haut, ses séneçons arborescents et ses prairies de hélichrysum, paysage que l'on retrouve uniquement sur quelques massifs d'Afrique de l'Est.

La faune justifie à elle seule le détour. Les geladas, primates endémiques des hauts plateaux éthiopiens, vivent en troupes de 200 à 800 individus que l'on approche à quelques mètres aux abords de Sankaber et de Chennek. Ils broutent l'herbe en file, seuls primates au monde dont c'est l'alimentation principale. Le bouquetin walia, espèce endémique réduite à environ 1 000 individus, se laisse observer sur les corniches d'Imet Gogo et de Bwahit. Le loup d'Abyssinie, plus discret, fréquente les plateaux d'altitude au-dessus de 3 700 mètres, où il chasse les rats-taupes. Le gypaète barbu et le corbeau à nuque blanche complètent l'avifaune des falaises.

Côté humain, le massif est habité par des paysans amharas orthodoxes qui pratiquent l'agriculture céréalière et un élevage transhumant de moutons, de chèvres et de bovins. Les villages de Gich, Ambaras et Mekarebya, situés en lisière du parc, vivent encore largement en autarcie. Une partie a été relocalisée en plaine dans le cadre du plan de gestion du parc, sujet sensible localement. Les fêtes orthodoxes rythment l'année : Genna en janvier, Timkat fin janvier, Meskel fin septembre, et les marchés hebdomadaires de Debark et de Mekane Berhan attirent les producteurs des hameaux alentour.

Le trek constitue la manière naturelle de découvrir le Simien. Les itinéraires standards relient les campements de Sankaber (3 250 m), Geech (3 600 m), Chennek (3 620 m) et Ambiko (3 200 m), répartis le long du rebord nord du plateau. Trois jours suffisent pour atteindre Imet Gogo et son panorama à 360 degrés. Cinq jours permettent d'inclure le belvédère de Bwahit à 4 430 mètres. Huit à dix jours sont nécessaires pour atteindre le Ras Dashen depuis le village de Ambiko, avec une nuit supplémentaire à Mekarebya. Le parc impose un scout armé, un guide local agréé et des muletiers, que nous coordonnons depuis Debark.

À découvrir

Belvédère d'Imet Gogo à 3 926 m. Promontoire rocheux accessible en une journée depuis Geech, ouvert sur trois côtés au-dessus des falaises. C'est le point de vue le plus complet sur le rebord nord du plateau et les pinacles découpés.

Troupes de geladas à Sankaber. Approche à pied de groupes familiaux qui broutent l'herbe sans s'effaroucher, en fin d'après-midi quand ils redescendent des dortoirs perchés dans les falaises.

Ascension du Ras Dashen. Trek de huit à dix jours depuis Debark via le col de Bwahit à 4 430 m et le village d'Ambiko. Sommet à 4 533 m atteint en une longue journée d'ascension, dénivelé positif de 1 400 m.

Cascades de Jinbar. Chute d'eau de 500 mètres qui plonge dans le canyon de Geech pendant la saison des pluies et jusqu'en octobre, visible depuis le bord du plateau à deux heures de marche du campement de Geech.

Marché du samedi à Debark. Échanges entre paysans des hameaux d'altitude et commerçants venus de Gondar : grains de teff, paniers tressés, moutons, épices berbéré. Bonne entrée en matière avant de monter sur le plateau.

Quand y aller

La meilleure période s'étend d'octobre à mars. Les pluies de kremt, intenses entre fin juin et mi-septembre, rendent les sentiers boueux et noient régulièrement les campements sous le brouillard. En octobre et novembre, les prairies sont encore vertes et les cascades de Jinbar coulent à plein débit. De décembre à février, le ciel reste dégagé en journée avec des températures de 12 à 18 °C, mais les nuits descendent à -2 °C à Chennek et jusqu'à -7 °C au camp d'Ambiko avant l'ascension du Ras Dashen. Il gèle fréquemment et le givre couvre les tentes au réveil.

De mars à mai, période belg, des averses orageuses se déclenchent en fin d'après-midi, ce qui reste praticable pour des treks courts. Nous déconseillons juillet et août, où les précipitations dépassent 300 mm par mois et où les vues sont régulièrement bouchées. La couche de fond pour le matériel : sac de couchage confort -5 °C minimum, doudoune et coupe-vent même en saison sèche.

Conseils pratiques

Comptez quatre à six jours sur place pour une vraie découverte : une journée de route Gondar-Debark, trois à quatre jours de trek incluant Sankaber, Geech et Chennek, puis retour. Pour le Ras Dashen, prévoyez dix à onze jours au total. L'accès se fait par la route depuis Gondar, dont l'aéroport est desservi quotidiennement depuis Addis-Abeba en une heure de vol. Le Simien s'articule logiquement avec le Nord historique (Gondar, Lalibela, Aksoum) sur un circuit de quinze à vingt jours, et peut se combiner avec la dépression du Danakil pour les voyageurs qui souhaitent contraster hauts plateaux et désert salé.

Le confort est sommaire mais correct : bivouacs sous tente dans les campements officiels, sanitaires basiques, repas préparés par notre cuisinier. Deux lodges, Simien Lodge à Buyit Ras (3 260 m, le plus haut d'Afrique) et Limalimo Lodge près de Limalimo, permettent une approche moins sportive avec randonnées à la journée. La région convient aux marcheurs habitués à l'altitude et à la marche en autonomie cinq à six heures par jour. Les familles avec enfants à partir de 12 ans peuvent envisager un format court depuis Limalimo Lodge. Les contemplatifs y trouvent leur compte sur les belvédères accessibles en véhicule jusqu'à Chennek.

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